Les blessés du massacre des bipeurs, une détermination intacte au cœur de l’épopée de la Résistance
Latifa Husseïni*
Malgré leurs blessures subies lors du massacre des bipeurs du 17 septembre 2024, certains combattants étaient là où ils estimaient devoir être : sur le terrain. Doigts amputés, blessures aux yeux et corps marqués par les explosions, ils ont repris les armes et rejoint les rangs de la confrontation.
Le 17 septembre 2024, les blessés du massacre des bipeurs auraient pu se retirer du combat, se consacrer à leurs douleurs et s’éloigner de leurs compagnons d’armes. Mais les images diffusées par les médias de guerre de la Résistance ont montré un autre visage : celui de combattants blessés qui ont regagné le sud du Liban pour participer à la confrontation et infliger des pertes à l’ennemi «israélien».
L’un d’eux, dont les mains avaient été gravement touchées par les explosions des bipeurs, témoigne : «Je ne me suis pas soucié un instant de mes mains bandées. Mon objectif était de rejoindre le front et de contribuer selon mes capacités et mes forces. Peut-être aussi de surmonter ma douleur et de l’empêcher de prendre le dessus sur moi. Le terrain appelait et le devoir était devenu une obligation.»
Pour ces hommes, le retour sur le terrain ne signifiait pas simplement retrouver un lieu familier. Il représentait aussi le retour à un sens auquel leurs blessures ne leur avaient pas permis de renoncer. Leurs corps portaient les traces des explosions, mais leur volonté demeurait intacte. À l’intérieur de chacun d’eux demeurait pourtant quelque chose d’inébranlable, qui semblait dire que, aussi grave soit-elle, une blessure ne résume pas un être humain et ne détermine pas sa capacité à rester aux côtés de ceux et de ce qui lui sont chers, là où il choisit d’être.
À cette époque, les bandages n’étaient pas perçus comme la fin du chemin. Ils accompagnaient les blessés dans une nouvelle étape de leur vie. Une main alourdie par la douleur, un œil dont l’apparence avait changé, des doigts qui ne seraient plus jamais les mêmes : derrière ces blessures subsistait une volonté qui cherchait à reprendre sa place parmi les compagnons d’armes.
Lorsque les combats se sont intensifiés, le Sud n’était donc pas, pour eux, un lieu éloigné des salles de soins. C’était l’endroit où ils estimaient devoir être. Certains y sont retournés avec une partie de leurs capacités, d’autres avec ce qu’il leur en restait. La question n’était plus seulement de savoir ce que le corps avait perdu, mais ce que chacun pouvait encore donner malgré ses membres amputés.
Peut-être ce qui résume le mieux cette histoire, c’est que ceux qui ont survécu aux explosions du 17 septembre ont emporté leurs blessures avec eux. Ils ont poursuivi leur chemin. Les blessures n’étaient pas absentes de leur parcours : elles accompagnaient chacun de leurs pas, témoignant qu’un être humain peut perdre une grande partie de son corps sans pour autant perdre sa capacité à rester attaché à ce en quoi il croit.
Les images filmées à cette période témoignent d’une réalité qui dépasse la seule représentation de la blessure : ces hommes n’étaient plus les mêmes après l’explosion, mais ils n’ont pas laissé leurs souffrances les isoler. Ils ont choisi de rester liés à une cause à laquelle ils estimaient appartenir et de faire face à leur nouvelle réalité avec les forces dont ils disposaient encore.
Derrière chaque blessure se dessine ainsi une histoire humaine: celle d’hommes confrontés à la nécessité de réapprendre à vivre après que leur existence a été profondément bouleversée. Pour eux, le 17 septembre n’a pas seulement marqué la fin d’une journée sanglante, mais aussi le début d’une autre épreuve : retrouver une place, reconstruire leur rapport à eux-mêmes et donner un sens à ce qui leur restait.
La psychologie parle, dans certains cas, de «croissance post-traumatique» pour désigner les changements positifs que certaines personnes peuvent connaître après une épreuve particulièrement difficile : reconstruction du rapport à soi et à la vie, regain du sentiment de capacité d’action et redéfinition de ce qui compte à leurs yeux. Ce concept ne signifie pas que la douleur disparaît ou que la blessure est effacée, mais que certaines personnes peuvent parvenir à lui donner un sens qui dépasse l’épreuve elle-même.
C’est dans cette perspective que peut être comprise l’expérience de ces blessés. Leur parcours ne réside pas dans le fait d’avoir échappé à la souffrance, mais dans leur volonté de ne pas la laisser définir toute leur existence. Ils n’ont pas récupéré ce qu’ils avaient perdu physiquement, mais ont cherché à retrouver une capacité d’action et une présence dans leur environnement.
Dans les moments où l’être humain est confronté à une épreuve qui dépasse ses capacités, ce qui demeure de lui ne se mesure pas seulement à l’aune de ce qu’il a perdu, mais aussi à ce qu’il est capable de faire de ce qui lui reste. C’est peut-être pour cette raison que certaines images de blessés sont plus éloquentes que tous les mots : un corps portant les stigmates de l’explosion, une âme qui tente de retrouver son sens, un être humain changé à jamais, mais qui n’a pas permis à cette épreuve de lui ôter ce qu’il était : faire face à l’ennemi et à l’occupant, avant tout et par-dessus tout, avec cette force intérieure qui l’anime.
*Traduit de l'arabe (original)
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