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Menaces «israéliennes» contre le Liban et l’Iran: Calculs électoraux ou préparation d’une nouvelle guerre ?

Menaces «israéliennes» contre le Liban et l’Iran: Calculs électoraux ou préparation d’une nouvelle guerre ?
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Par Assia Husseini

Les craintes d’une extension du conflit au Moyen-Orient augmentent avec les nouvelles menaces «israéliennes» contre l’Iran et le Liban, à quelques jours des élections législatives prévues le 27 octobre. Le «premier ministre israélien» Benjamin Netanyahu a déclaré qu’il n’était pas favorable à une attaque préventive contre l’Iran avant le scrutin. Il a toutefois promis une réponse forte si Téhéran ou ses alliés attaquaient «Israël». De son côté, le «ministre de la Guerre», Israël Katz, a menacé de faire évacuer puis de frapper la banlieue sud de Beyrouth et d’étendre l’occupation dans le sud du Liban, notamment dans les secteurs de Nabatiyé et du Litani, si le Hezbollah participait à une attaque iranienne.

Ces déclarations interviennent alors que les frappes «israéliennes» se poursuivent dans le sud du Liban. Des informations de presse font également état d’un renforcement de l’alerte militaire «israélienne» face à une possible escalade avec l’Iran et le Hezbollah. À l’échelle régionale, les projets américains de frappes contre des installations iraniennes et les attaques d’Ansarullah contre des infrastructures saoudiennes renforcent les risques d’élargissement du conflit.

Ces menaces visent-elles à décourager les ennemis d’«Israël» et à exercer une pression politique, ou préparent-elles une nouvelle offensive ? Quel rôle jouent les élections dans ces calculs ? Le docteur Nizar Nazzal, spécialiste des affaires israéliennes, analyse les déclarations des dirigeants israéliens et les scénarios possibles.

Entre dissuasion et préparation militaire

Selon Nizar Nazzal, il ne faut considérer les menaces de Netanyahou et de Katz ni comme de simples déclarations destinées à faire peur, ni comme la preuve certaine qu’une décision de guerre a été prise.

Il estime qu’elles peuvent remplir trois fonctions en même temps : augmenter le coût d’une action adverse, préparer les responsables politiques et l’opinion publique «israélienne» à une opération militaire, et renforcer la position «israélienne» dans les négociations.

La politique «israélienne» associe ainsi la dissuasion, la gestion de l’escalade, la pression politique et la préparation militaire. Pour comprendre quelle logique domine, il faut observer les actes qui accompagnent les discours.

Nazzal distingue donc une menace conditionnée par une attaque adverse d’une véritable décision de lancer une attaque préventive. Si l’objectif reste la dissuasion, les menaces demeurent conditionnelles, une possibilité de négociation reste ouverte et aucune mobilisation militaire exceptionnelle n’est engagée.

En revanche, plusieurs signes pourraient annoncer une offensive importante : le rappel de réservistes supplémentaires, le renforcement des troupes, une meilleure préparation de la population «israélienne», un changement des règles d’engagement et une coordination militaire plus étroite avec Washington.

Les élections peuvent freiner une attaque, sans empêcher l’escalade

Pour Nizar Nazzal, les élections placent Netanyahou devant deux calculs opposés. Une image de dirigeant ferme sur les questions de sécurité peut lui apporter un avantage politique. Mais une guerre provoquant de lourdes pertes peut aussi lui coûter des voix.

Avant le scrutin, Netanyahou ne souhaite pas porter la responsabilité de pertes humaines ou de tirs de missiles sur les grandes villes «israéliennes». Il pourrait donc préférer mettre en avant la capacité de dissuasion et la préparation de l’armée, sans lancer une guerre dont les conséquences seraient difficiles à contrôler.

Cependant, une attaque directe pourrait modifier ces calculs. Selon Nazzal, la pression en faveur d’une réponse militaire deviendrait alors plus forte, et l’absence de réaction pourrait avoir un coût politique et sécuritaire.

Les élections peuvent donc freiner la décision de commencer une guerre, mais elles ne peuvent pas empêcher une escalade provoquée par un événement imprévu.

Le spécialiste met ainsi en garde contre deux lectures trop simples : celle d’une guerre inévitable et celle d’une simple guerre psychologique. Il recommande surtout d’observer le déploiement des forces, les objectifs annoncés et les règles d’engagement.

Après les élections, le sud du Liban pourrait être visé

Nazzal considère qu’une escalade majeure est moins probable avant les élections, en raison du risque de pertes et de leurs conséquences politiques. Après le scrutin, il estime que le sud du Liban pourrait devenir l’un des principaux terrains d’une nouvelle offensive.

Son analyse repose sur l’idée qu’«Israël» n’a pas atteint son objectif central au Liban : désarmer le Hezbollah et démanteler ses capacités militaires.

Il applique le même raisonnement à l’Iran. Selon lui, l’objectif israélien dépasse les frappes limitées ou l’élimination de dirigeants et vise un changement de régime à Téhéran. Il considère que les objectifs essentiels des différentes campagnes militaires n’ont pas été atteints, ce qui l’amène à parler de «guerres inachevées».

Dans cette lecture, le maintien du régime iranien, la survie des programmes nucléaire et balistique et la poursuite de l’influence régionale de Téhéran entretiennent le risque d’une reprise des hostilités.

Un changement de gouvernement ne signifie pas forcément un changement de politique

Nizar Nazzal ne pense pas que les élections entraîneront nécessairement une nouvelle politique «israélienne» dans la région. Il prévoit que le prochain «gouvernement» restera orienté à droite.

Il cite notamment Gadi Eisenkot, qu’il présente comme un concurrent possible de Netanyahou pour diriger le gouvernement. Selon lui, Eisenkot ne représente pas une véritable alternative en faveur de la «paix».

Nazzal estime que ces dirigeants partagent la volonté d’affaiblir les forces appartenant à ce qui est appelé «l’axe de la résistance», à Gaza, au Liban, en Syrie et au Yémen.

Le risque de guerre dépasse donc, dans son analyse, les seuls intérêts électoraux de Netanyahou. Il concerne des objectifs israéliens plus larges.

Le spécialiste place le sud du Liban, le sud de la Syrie, le Yémen et la mer Rouge parmi les zones où une escalade reste possible. Il souligne aussi l’importance des routes maritimes, notamment du détroit de Bab el-Mandeb, ainsi que la capacité de l’Iran à menacer les intérêts de ses adversaires dans la région.

L’Iran et la Syrie, deux fronts pouvant élargir le conflit

Pour Nazzal, une reprise de la guerre directe contre l’Iran ou un élargissement des opérations en Syrie pourrait faire passer la région à une confrontation plus vaste.

Il explique que ces deux pays sont liés à des équilibres régionaux et internationaux importants. En Syrie, les intérêts de la Turquie jouent un rôle majeur. L’Iran entretient, de son côté, des relations avec la Russie et la Chine.

Ces liens donnent à une éventuelle escalade sur ces deux fronts une portée plus large. Ils ne signifient toutefois pas automatiquement que ces puissances participeraient directement aux combats.

Nazzal considère que les affrontements à Gaza et au Liban peuvent, dans certaines limites, rester contenus. Une guerre plus large contre l’Iran ou en Syrie pourrait, en revanche, modifier la nature et la dimension du conflit.

Il prévoit donc une poursuite des tensions plutôt qu’un apaisement durable. Mais il rappelle que le passage des menaces à la guerre dépend avant tout des décisions concrètes et des préparatifs militaires.

La région face à plusieurs scénarios

Entre les menaces «israéliennes» et les calculs électoraux, deux possibilités restent ouvertes : la poursuite des pressions pour obtenir des concessions politiques, ou le passage à une confrontation plus large, difficile à maîtriser.

Si les élections peuvent pousser Netanyahou à retarder une initiative militaire, elles ne garantissent pas le calme. Un événement sécuritaire majeur pourrait déclencher une succession de frappes et de représailles.

La question essentielle reste donc est-ce que les menaces resteront un moyen de pression, ou seront-elles suivies de mobilisations, de déploiements et d’ordres militaires ouvrant une nouvelle phase de la guerre ?

 

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