Plomberie présidentielle: «Elle reviendra plus belle qu’avant» ou le naufrage du slogan (vidéo)
Par AlAhed - Sarah RAAD
À quelques heures de l'ouverture des bureaux de vote pour des élections de mi-mandat décisives, le décorum choisi par le président américain avait de quoi déconcerter. Alors que les États-Unis traversent une crise économique d'une sévérité inédite et que les tensions militaires autour de l'Iran menacent de faire basculer le Moyen-Orient dans le chaos, Donald Trump a choisi de clore sa campagne au bord du bassin réfléchissant du Lincoln Memorial, à Washington.
Sous un ciel gris de novembre, le bassin de 600 mètres de long offrait un miroir d'eau enfin paisible. Mais derrière cette sérénité de façade, le spectacle politique orchestré par le président a révélé un décalage saisissant avec les préoccupations réelles du peuple américain.
Une plomberie présidentielle face aux crises
Là où les stratèges républicains espéraient un discours d'État, traçant une ligne de démarcation claire avec l'opposition démocrate sur le pouvoir d'achat ou la géopolitique, le locataire de la Maison-Blanche a préféré livrer un exposé minutieux... sur les travaux de rénovation du bassin.
Pendant de longues minutes, le président s'est étendu sur le remplacement des tuyaux rouillés, la réfection du béton armé et l'élimination des «algues colossales» qui avaient gâché le chantier. Au bout de huit minutes d'allocution — et avant même la moindre référence au scrutin imminent —, Donald Trump a fait monter sur scène un conseiller tenant de grands panneaux illustrés pour détailler chaque réparation. Il aura fallu attendre plus d'un quart d'heure pour qu'il évoque, presque à regret, les élections pour lesquelles la presse et une poignée d'invités s'étaient déplacés.
L'épisode a atteint le sommet de l'autocélébration lorsque le président, tout en vantant ce qu'il considère comme un «chef-d'œuvre», a plaisanté sur son souhait de rebaptiser le bassin réfléchissant à son propre nom. Une boutade qui passe mal auprès d'un électorat étouffé par l'inflation et inquiet face aux rumeurs de guerre. «J'aurais pu parler du reste de la nation, mais pour me consacrer à cela, vous n'avez pas assez de temps», a-t-il lâché avec une désinvolture déconcertante.
L'écho d'un slogan: De la reconstruction de la Dahieh au bassin de Washington
Pour tenter de donner une portée narrative à son obsession bâtisseuse, l'équipe trumpienne a mis en avant une promesse résumée par une formule choc: «Elle reviendra plus belle qu'avant».
L'usage de ce slogan ne manque pas de faire sourire les observateurs internationaux. Cette formule est en effet indissociable du discours historique prononcé par le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, au lendemain de la guerre de juillet 2006. Après 33 jours de bombardements «israéliens» ravageurs ayant causé la mort de plus de 1.000 personnes, fait 4.000 blessés et déplacé près d'un million d'habitants, la banlieue sud de Beyrouth (la Dahieh) ressemblait à un champ de ruines.
Au total, 1.232 bâtiments avaient été touchés ou rasés, impactant le logement de 30.000 personnes et 1.600 commerces. C'est à ce moment précis que le projet «Wa'ad» (La Promesse) fut lancé par la fondation Jihad al-Binaa en mai 2007. Avec la prise en charge directe de 242 immeubles majeurs (dont 102 regroupés sur un même secteur), le projet a relevé un défi logistique et financier colossal. À la livraison du dernier bâtiment en décembre 2012, les chiffres et la réalité du terrain ont confirmé la promesse: la banlieue avait été véritablement reconstruite, modernisée et était effectivement «revenue plus belle qu'elle ne l'était». Là-bas, le slogan s'affichait sur du béton armé après une tragédie nationale et répondait à un besoin vital de relogement.
À Washington, le contraste est saisissant. Appliquer une telle rhétorique de résurrection et de grandeur à la simple vidange d'une pièce d'eau urbaine frôle le décalage surréaliste — d'autant que le chantier, initialement promis en avril pour durer deux semaines avec un budget modeste de 1,5 million de dollars, aura finalement accumulé plusieurs mois de retard et englouti des millions de dollars supplémentaires après l'écaillage de sa doublure bleue et la prolifération d'algues dues à une exécution défectueuse.
L’illusion du miroir
En dressant un parallèle involontaire entre le relèvement titanesque d'une capitale dévastée par la guerre et le colmatage laborieux d'une mare urbaine, Donald Trump a étalé au grand jour la pauvreté de son offre politique.
Privé d'une véritable vision stratégique pour la nation et dépouillé de tout slogan marquant capable d'inspirer les foules, le président conclut sa campagne enfermé dans sa propre image.
Faute d'un discours à la hauteur de la crise économique et du contexte international gravissime, il n'aura réussi qu'à transformer le sprint final vers les urnes en une mise en scène narcissique, miroir parfait d'une présidence en manque de souffle et de grands desseins.
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