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Pourquoi l’Égypte veut-elle renforcer sa présence en Somalie?

Pourquoi l’Égypte veut-elle renforcer sa présence en Somalie?
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Par Jamal Wakim 

En février dernier, l'Égypte a déployé environ 1 100 soldats à Mogadiscio, dans le cadre des forces de l'Union africaine visant à soutenir la stabilité en Somalie. Cette initiative est survenue environ deux ans après la signature, par Le Caire et Mogadiscio, d'un accord de coopération militaire, suivi d'un partenariat stratégique global conclu entre les deux pays en janvier 2025.

Le déploiement d'unités combattantes de l'armée égyptienne en Somalie constitue une évolution marquante, qui a eu un impact significatif sur les équilibres dans la région de la Corne de l'Afrique.

Bien que ce déploiement s'inscrive dans le cadre d'une mission officielle de l'Union africaine visant à «soutenir la Somalie et assurer sa stabilité face au mouvement Al-Shabab», les véritables objectifs de l'Égypte vont au-delà.

Ils englobent les efforts pour sécuriser des sources du Nil, d'une part, et la volonté d'empêcher l'Éthiopie d'obtenir un accès à la mer, d'autre part — alors même qu'Addis-Abeba cherche à faire pression sur Le Caire par le biais du barrage de la Renaissance (Annahda) sur le Nil Bleu. À cela s'ajoutent les préoccupations suscitées par l'établissement d'une base militaire turque à Mogadiscio.

L'objectif premier de l'Égypte est de renforcer sa position dans la Corne de l'Afrique, une zone qui s’ouvre à la fois sur la porte de la mer Rouge et sur l'océan Indien ; la Somalie, en particulier, borde le détroit de Bab el-Mandeb et occupe une position stratégique face au golfe d'Aden. Par conséquent, en assurant une présence significative dans cette région, Le Caire se garantit une influence au sein d'une zone devenue un foyer de tensions. Cette position lui permet également d'exercer une incidence sur le trafic maritime en provenance de l'océan Indien — transitant par Bab el-Mandeb vers la mer Rouge et le canal de Suez — en direction du sud-ouest de l'Asie (le Proche-Orient).

Quant au second objectif, il répond au besoin de l'Égypte de se trouver à proximité des frontières méridionales de l'Éthiopie. Cette dernière exerce un chantage sur l'Égypte en tentant de contrôler les niveaux des eaux qui, en provenance d'Éthiopie, transitent par le Soudan pour atteindre l'Égypte. La construction du «barrage de la Renaissance» a suscité la colère du Caire, qui craint pour sa sécurité hydrique. Il convient de noter que le projet de barrage éthiopien remonte aux années 1950 ; il fut inspiré par l'ancien «Premier ministre israélien» David Ben Gourion — qui fut également à l'origine du projet du barrage Atatürk — dans le cadre d'une stratégie visant à encercler les pays arabes et à menacer leur sécurité hydrique. Depuis la Somalie, Le Caire est en mesure d'exercer une influence susceptible de porter atteinte aux intérêts vitaux de l'Éthiopie, laquelle cherche par ailleurs à obtenir un accès à la mer par le biais d'un accord de transit avec Djibouti.

Outre ces deux objectifs, Le Caire est attaché à l'intégrité territoriale de la Somalie et s'oppose aux projets de partition soutenus, en premier lieu, par l'Éthiopie et «Israël».

Il convient de noter que «Tel-Aviv» a par le passé reconnu l'indépendance du Somaliland, une région qui revendique sa séparation vis-à-vis de Mogadiscio. Par ailleurs, l'Éthiopie a conclu un accord avec cette entité séparatiste lui permettant d'obtenir un accès à la mer, sans en référer au gouvernement central somalien.

Une présence égyptienne solide en Somalie permettrait également de contenir les efforts de la Turquie visant à renforcer son influence dans ce pays, surtout depuis l'installation d'une base militaire turque sur place. Le Caire nourrit par ailleurs une certaine méfiance — bien que non exprimée ouvertement — à l'égard d'Ankara, pour plusieurs raisons. Parmi celles-ci figure la rivalité géopolitique historique entre les deux puissances pour l'influence en Méditerranée orientale, ainsi que pour le leadership du monde arabo-musulman. En outre, la Turquie est désormais présente dans tous les pays qui constituent une extension de la sécurité nationale égyptienne — qu'il s'agisse de la Libye, du Soudan, de la Somalie ou de la Syrie — sachant qu'Ankara soutient les Frères musulmans, qui représentent l'ennemi juré du régime actuellement au pouvoir en Égypte.

Enfin, le renforcement de la présence du Caire en Somalie et dans la Corne de l'Afrique permettrait à l'Égypte d'utiliser cette région comme tremplin pour consolider ses partenariats sécuritaires sur le continent africain. Cela lui offrirait l'opportunité de dépasser les cadres de la Méditerranée orientale et du Moyen-Orient pour s'ouvrir à des horizons plus vastes, favorisant ainsi la revitalisation de ses relations avec l'Afrique — sachant que l'Égypte était, dans les années 1950 et 1960, considérée comme le fer de lance des mouvements de libération africains.

Traduit de l'arabe (original)

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